Quatre dirigeants d’entreprise sur dix se disent obnubilés par la course au temps. Mais comment trouver le juste équilibre entre vie privée et vie professionnelle ? La gestion du temps est un enjeu fondamental et il est essentiel de bien s’organiser pour réduire sa charge de travail.
Des semaines de travail particulièrement chargées
Selon une enquête de l’INSEE menée en 2022, les exploitants agricoles travaillent 56 heures en moyenne par semaine et même jusqu’à 65 à 70 heures pour les agriculteurs-éleveurs (Terre-net). Une autre étude, tous secteurs d’activités confondus, conduite en 2017 par Soregor, ViaVoice et Harmonie Mutuelle, montre que la performance économique d’une entreprise progresse en fonction du temps de travail du dirigeant… Mais jusqu’à une certaine limite.
Au-delà de 60 heures hebdomadaires, les effets deviennent contre-productifs. Après cinq à sept ans d’activité, le stress, la fatigue et le surmenage altèrent parfois la clairvoyance du chef d’entreprise et assombrissent sa perception de l’avenir (Barème 2025 de la Fondation MMA des Entrepreneurs du Futur et Bpifrance : 82 % des dirigeants de TPE-PME déclarent souffrir d’au moins un trouble psychique ou psychologique et un dirigeant sur trois se dit en mauvaise santé mentale). Pourtant, certains agriculteurs s’épanouissent dans leur travail et peu importe le nombre d’heures qu’ils y consacrent. Leur exploitation est leur « existence » et « travailler plus pour gagner plus » est souvent une croyance bien ancrée. Mais le trop n’est pas forcément l’ami du bien. Face à cette réalité, une suspension s’impose pour évaluer ses choix de vie et de multiples solutions existent pour mieux gérer le temps.
Apprendre à se connaître et à gérer son temps de travail
La loi de Parkinson veut que « le travail s’accroît en fonction du temps qu’on lui accorde ». Certains trouvent un exutoire dans leur métier et y consacrent tout leur temps. D’autres, par peur de l’échec, s’y investissent corps et âme. Apprendre à se connaître et faire face à ses angoisses est donc une première étape essentielle. Cette connaissance de soi aide à trouver ou à redéfinir le sens de son action, à renforcer le sentiment de valeur et, par là, à préserver toute sa vitalité.
Des outils permettent l’analyse du temps de travail, de sa pertinence et la réévaluation de son organisation personnelle. Par exemple, les chambres d’agriculture proposent un outil accessible en ligne qui s’appelle « Ma calculette temps de travail« . Il permet, en quelques clics, de connaître la charge de travail prévisionnelle. Les sites declictravail.fr et idele.fr fournissent également de précieuses ressources pour les éleveurs. La matrice d’Eisenhower (outil d’optimisation du temps) peut également aider à hiérarchiser les priorités.
Une bonne gestion du temps repose sur la planification. Brian Tracy, auteur de Eat That Frog, estime qu’investir 10 à 12 minutes dans la préparation d’une journée permet de gagner de une à deux heures. Miser sur des logiciels de gestion, repenser ses modes de production ou adapter son matériel et ses équipements peut aussi faire gagner un temps précieux. Bien gérer son temps, c’est réduire son stress, améliorer sa productivité et la performance de son exploitation.
Déléguer et former ses salariés
Déléguer, c’est gagner du temps pour se concentrer sur la stratégie de l’entreprise : optimisation du cœur de métier, réflexion sur les méthodes et outils de travail, amélioration du système de production et de commercialisation, fidélisation des clients… Pour y parvenir, il faut former et développer les compétences des collaborateurs, miser sur leur polyvalence, notamment dans les petites exploitations, pour assurer la continuité en cas d’absence.
Si la crainte de déléguer, par appréhension de l’erreur, ou de ne plus contrôler l’exploitation, transparaît, il faut en comprendre la cause. Car déléguer ne se résume pas uniquement au mieux-être, il est aussi un déterminant économique. Une délégation efficace augmente la productivité de plus de 22 % et réduit le turnover de 30 % (Étude McKinsey, 2024).
Sous-traiter, partager les ressources et les savoirs
Externaliser certaines tâches – travaux de culture mais aussi comptabilité, gestion administrative ou paie… – libère un temps précieux pour l’exploitant. La sous-traitance du surcroît d’activité ou le recours au portage salarial pour des besoins ponctuels, constituent également des solutions intéressantes.
Former un groupement d’employeurs facilite la mutualisation des moyens et l’organisation des remplacements, par exemple pour les soins aux animaux lors des week-ends. C’est aussi une source d’économie de temps.
Enfin, le partage des savoirs entre juniors et seniors, par leurs échanges d’expériences, crée une dynamique qui fait gagner du temps et de l’efficacité.
Par Nicole Le Gac – Juriste en droit social
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