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01 mars 2022 - Veille économique & Prospective

Russie-Ukraine : quelles conséquences pour le cours des Matières Premières ?

union-européenne

La guerre Russie-Ukraine, dont on ignore l’ampleur et la durée, est source de déstabilisation géopolitique au plan international. Le train de mesures contraignantes infligées par l’Europe comporte à l’évidence un risque majeur de flambée du cours des matières premières.

Parole à deux observateurs internationaux, complémentaires dans leurs angles d’approche :

  • Philippe CHALMIN, pour l’angle transversal, économiste, professeur à Paris Dauphine, spécialiste des matières premières & de l’énergie,
  • TALLAGE, cabinet spécialisé dans les marchés des céréales, oléagineux et protéagineux.

Philippe CHALMIN : la Russie est le 1er exportateur mondial de céréales

  • Pas moins de 150 pays importent des céréales en provenance de Russie, devenue 1er exportateur depuis 2014. Il y a là un risque de perturbation géopolitique & économique au plan international.
  • La vraie sanction serait le boycott total (gaz, pétrole, minerais, métaux) mais elle serait très difficile à supporter pour l’Europe.
  • Les différents pays européens ne sont pas du tout sur un pied d’égalité : l’Allemagne, l’Italie sont deux fois plus dépendantes du gaz russe que la France. Sur ce plan, l’énergie nucléaire nous procure une grande autonomie.
  • Le cours du gaz a (déjà) connu une inflation gigantesque (+ 397% 2021/2020) ! La flambée ne devrait pas aller beaucoup plus haut. L’heure est à la mise en œuvre d’instruments de solidarité au sein de l’Europe pour tamponner la flambée des cours.
  • Secteurs exposés : la production d’électricité, la fabrication des engrais azotés, ainsi que quelques métaux (palladium pour les pots catalytiques & titane pour l’armement).
  • Au plan international :
    • nous pouvons nous tourner vers les USA, dotés de capacités importantes en GNL (gaz Naturel Liquéfié),
    • s’il faut bien admettre que les trains de sanctions européennes sont éminemment justifiés à l’égard de la Russie, ce sont autant de mesures pénalisantes qui « précipitent les Russes dans les bras des Chinois »

TALLAGE : les cours connaissent des rebonds au jour le jour

  • L’Ukraine, c’est 12% des exportations mondiales de blé, 20 % du maïs & du colza. En tournesol, c’est la moitié de l’exportation mondiale ! Conséquence : beaucoup de « nervosité » sur les marchés agricoles.
  • A la date de l’entrée en guerre, 20% du volume de blé restaient à exporter par l’Ukraine (à 24 millions de tonnes) & 25% du volume de la Russie (à 33 millions de tonnes) restaient à réaliser. Or, peu d’opérateurs vont vouloir traiter avec ces pays. Par conséquent, de gros volumes de blé vont devoir changer d’origine.
  • En maïs, la situation parait encore plus tendue. Plus de 10 millions de tonnes restent à sortir de Russie. Par ailleurs, les analystes projettent une récolte 2022 orientée à la baisse en raison notamment d’une réduction des emblavements aux USA (cours des engrais azotés).
  • Quant au soja, on frôle les cours historiques de 2012. S’agissant des tourteaux, l’Europe craint des difficultés d’approvisionnement en tournesol en provenance de la Mer Noire, engendrant des tensions sur les cours des semaines & mois à venir.

Discussion :

  • Tirer des plans sur la comète est d’autant plus hasardeux que la cause première de tension sur les marchés des matières premières est impossible à cerner, tant dans la durée que dans son intensité !
  • En imaginant un conflit qui s’inscrive dans le moyen terme, les conséquences directes seront à l’évidence palpables au fil des semaines à venir (export bloqué de certaines matières premières, tension sur les prix des céréales, mesures de rétorsions de la Russie entraînant une hausse du cours de l’énergie & des métaux).
  • Le porte-parole du gouvernement, Gabriel ATTAL, s’est exprimé hier en ces termes : « La crise va durer, et elle va avoir un impact sur la vie des Français. Nous allons agir pour protéger les Français en limitant aux maximum les impacts économiques d’une telle crise inscrite dans le temps ».

A retenir :

  1. Le conflit va engendrer des tensions sur le cours des matières premières, dont on peut poser l’hypothèse que l’intensité en serait proportionnelle à la durée.
  2. Cette guerre, imprévisible en termes de calendrier comme d’impacts directs, a entraîné un effet yoyo à l’instant T sur le cours des matières premières. Pour s’en tenir à un fait, le cours du blé a connu un rebond de l’ordre de 15% sur les premières quarante-huit heures, suivi d’un affaissement de 8% dès le lendemain…
  3. Dirigeants européens, voire au-delà, vont se poser ensemble pour imaginer des mesures d’atténuation des effets directs d’une telle crise. Pour la France, le gouvernement, à l’aube d’une année électorale, laisse entendre que le Quoi qu’il en coûte pourrait être « réquisitionné » au-delà du désordre sanitaire lié à la Covid…


Il s’agit là des signaux qui surnagent à moins d’une semaine de l’entrée dans un conflit dont tout porte à croire qu’il va durer. Bien malin qui pourrait prédire l’impact d’un tel séisme sur le cours des matières premières à moyen & long terme. Aucun analyste, même de renom, ne peut se montrer affirmatif.

Toutefois, au plan du Conseil, ces premières analyses sont là pour baliser les forces en présence, les tenants et les aboutissants. En faisant preuve d’une grande neutralité, elles peuvent, et c’est essentiel, guider nos échanges, nos discussions avec des clients & partenaires pour le moins démunis, impactés humainement, et dans l’expectative professionnellement.

Notre rédacteur Cerfrance Poitou-Charentes :

michel-debernard
Michel DEBERNARD, Pilote de la Veille économique & Prospective
mdebernard@pch.cerfrance.fr