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14 octobre 2020 - Développement & gestion de projet

Vers une généralisation des activités fluctuantes ?

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L’économie française est extrêmement sensible à l’irrégularité des activités. Cela pose tout de suite la question du fonctionnement et de la gestion des entreprises. Comment ajuster les pics d’activités et les potentialités de l’entreprise à y répondre ? Dans l’artisanat, on pense automatiquement à la disponibilité de la main-d’œuvre pour faire face aux pointes de travail. Dans d’autres secteurs, ce sont les locaux et les machines qui sont le facteur limitant d’une suractivité. Comment s’y préparer ?

Dans un pays fortement touristique comme la France, les activités saisonnières ont une place très importante. Dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration, mais aussi des activités de maintenance et de prestations aux clients telles que les remontées mécaniques des stations de sports d’hiver, la conduite et la gestion des entreprises sont directement impactées par la saisonnalité du chiffre d’affaires.
Par ricochet, le secteur de l’artisanat, notamment dans le bâtiment et l’entretien général (services aux entreprises et aux
particuliers), est également concerné, du fait de sa localisation, pour répondre aux besoins des activités touristiques. Certaines entreprises artisanales sont aussi confrontées à leurs propres pics saisonniers. On pensera évidemment aux
chauffagistes qui connaissent une forte activité de novembre à mars, aux métiers de bouche particulièrement sollicités aux périodes des fêtes, à nombre de restaurateurs et de transporteurs qui doivent répondre à une irrégularité des besoins
des clients. Amplitudes horaires à rallonge, flux inconstants de clientèle, forte saisonnalité des ventes : ces contraintes
font partie intégrante du métier de commerçant. Pour gagner sa vie, le commerce doit apporter son service au
moment où sa clientèle est là.

Ajuster la main-d’œuvre : le casse-tête des activités saisonnières

Le temps de travail n’est pas une denrée stockable. Cela nécessite une diversité des modes d’organisation du travail afin
de mettre en adéquation de façon optimale le temps de travail du personnel et les contraintes de l’entreprise. Le premier
ajustement sera interne, en adaptant le temps de travail à l’activité. En théorie, c’est une bonne recommandation sauf que les effectifs sont souvent calés sur l’activité moyenne de l’entreprise, voire sur l’activité basse, par prudence.
En conséquence, tout surcroît désorganise la gestion du personnel. En interne, les possibilités sont donc limitées pour
faire face à des pics d’activité. La solution externe est d’embaucher temporairement la main-d’œuvre manquante.
Le législateur donne beaucoup de possibilités sur ce plan, mais cela ne suffit pas.

Pour des tâches de manutentionnaire, basiques, ne nécessitant pas de compétences spécifiques, l’embauche peut
convenir. Mais cette solution s’avère beaucoup plus complexe pour des missions techniques qui requièrent des
ouvriers spécialisés. Un ouvrier chauffagiste capable de réaliser un changement de chaudière au pied levé, cela
ne se trouve pas tous les jours. Nombre d’activités artisanales ou industrielles exigent des compétences adaptées. Certaines entreprises ont innové à travers des groupements d’employeurs pour ajuster leurs besoins en personnel.

Jouer la complémentarité ou la diversification des activités

La question du lissage des activités est une des solutions pour ne pas être trop dépendant à la saisonnalité. Les entrepreneurs créent ainsi leur propre saisonnalité. Un chauffagiste peut compléter son offre en développant des prestations de climatisation. Il aura donc deux saisons denses, l’hiver pour le chauffage et l’été pour la climatisation. Deux
périodes où les besoins en compétences et en disponibilité de main-d’œuvre vont être complémentaires. Avec des contresaisons qui vont aussi permettre aux salariés de récupérer les heures supplémentaires ou RTT.

Gérer les flux de trésorerie : le nerf de la guerre de la saisonnalité

C’est le sujet central de la pérennité des entreprises soumises à des irrégularités d’activité. La trésorerie du surplus d’activité doit pouvoir être mobilisée pour les mois de sous-activité. Certaines entreprises ferment quand la saison est terminée. Théoriquement, les charges sont limitées au strict minimum (assurances, location d’entrepôt…) mais il faut vivre. Les surplus de trésorerie vont être utilisés pour cette période sans chiffre d’affaires. En conséquence, il va y avoir
une exigence de bonne gestion. Les mois de forte activité doivent non seulement réaliser une marge bénéficiaire
sur activité mais une marge qu’on va appeler complémentaire pour les mois creux. Attention donc à l’ajustement des
prix unitaires qui vont être la base de ce difficile équilibre.

Saisonnalité ou irrégularité ?

D’autres événements ponctuels accentuent la tendance à l’irrégularité plus qu’à la saisonnalité des activités économiques.
L’épidémie de la Covid-19 peut être considérée comme le stade ultime de cette irrégularité (pas d’activité du tout). Plus
sûrement, les tendances à long terme sur le réchauffement climatique vont impacter la régularité des activités économiques. Dans les métiers du bâtiment, les températures extrêmes l’été (au-delà de 35°C) vont nécessiter de cesser le travail aux heures les plus chaudes. Certains ateliers ne seront pas utilisables s’ils ne sont pas climatisés. Ainsi, les perturbations dans les modes de production vont s’accentuer et vont demander des adaptations parfois majeures dans la gestion des entreprises, que ce soit dans les investissements et l’amélioration des postes de travail ou dans la gestion des temps de travail et la qualification des salariés.

Jacques Mathé, économiste

Article issu du magazine Cerfrance « Gérer pour Gagner » Août Septembre Octobre 2020 – Retrouvez l’intégralité du magazine dans votre espace client.