Icon Check Horaires Twitter Envoyer Recherche Lecture Linkedin Téléphone Facebook Email Devis Fermer Logo Cerfrance Long Arrow Arrow Agence Mon compte Information
Toutes les actualités

08 octobre 2020 - Agriculture, Performance & Conseil en stratégie

L’activité agricole, saisonnière par définition

La forte exposition des exploitations agricoles aux pics de production questionne toute l’organisation du travail, que ce soit en termes de qualification, de compétences à mobiliser ou de quantité de travail à fournir et dans quel espace-temps. Ajoutons à cela les besoins en investissements dans du matériel spécifique mais aussi dans des bâtiments adaptés aux particularités de la production. Ces questions organisationnelles sont une condition majeure de la réussite économique d’une exploitation.

La caractéristique de l’agriculture, on peut même dire son ADN, est d’être très dépendante des cycles de production adossés au rythme des saisons. On parle d’année agricole, très différente de l’année civile. De plus, ces cycles sont différents d’une production à l’autre. Le cycle des asperges n’est pas le cycle des tomates, le cycle des poulets n’est pas celui des vaches. Ajoutons à ces cycles l’impact du climat et autres facteurs qui vont interférer sur les modalités de production. Car l’autre caractéristique est de travailler sur des produits vivants, instables par nature, et non des produits industriels ou artisanaux qui sont inertes. Les agriculteurs ont donc, au fil des siècles, adapté leurs travaux sur ces cycles en essayant de minimiser les risques. L’objectif des agriculteurs a longtemps été de “ne pas mettre ses œufs dans le même panier”, c’est-à-dire d’avoir un panel de productions qui permettait de lisser les fortes saisonnalités. Les fermes étaient en majorité des exploitations en polyculture élevage. Aujourd’hui, la gestion des activités saisonnières est toujours d’actualité, d’autant que beaucoup d’exploitations se sont engagées dans des stratégies de spécialisation et ne bénéficient plus du lissage qu’assurait auparavant une diversité de productions végétales et animales.

Trouver sa propre organisation

Une bonne organisation du travail est d’abord celle qui correspond aux besoins spécifiques de chaque exploitation. Il n’y
a pas de recette en la matière mais surtout des recommandations. La question sera d’être très efficace au moment
du pic d’activité. Pas question de faire de l’entretien et de l’adaptation d’un bâtiment au moment du coup de chauffe.

Tous les moyens humains et matériels doivent être affectés à gérer la production ou la récolte. On pense notamment
aux secteurs des fruits et légumes et de la viticulture qui génèrent des besoins en main-d’œuvre sur des périodes
courtes (souvent moins de deux mois) mais extrêmement intenses. Ce besoin en main-d’œuvre temporaire devient de plus en plus délicat à anticiper aujourd’hui. Les candidats sont moins nombreux et le turn-over d’une année sur l’autre est élevé.

Optimiser ses facteurs de production

Contrairement aux activités industrielles, l’utilisation des équipements, et aussi des bâtiments, est très ponctuelle en agriculture. Une moissonneuse sera utilisée quinze jours et sera immobilisée le reste de l’année. C’est encore parfois plus prégnant dans les productions très saisonnées comme en fruits et légumes. Si en polyculture élevage la copropriété des facteurs de production est courante, partager une chaîne de lavage ou de conditionnement des fruits en pleine saison est
quasiment impossible, sauf à s’organiser collectivement pour investir dans une station collective. Pourtant, une des règles de gestion d’entreprise est de tendre vers la saturation des moyens de production afin de minimiser les coûts des dernières unités produites. Difficile à réaliser dans les productions saisonnières.

Des conditions de plus en plus risquées

Le réchauffement climatique rebat les cartes des conditions de production. Dans certains cas, il va offrir des opportunités pour produire dans des territoires plus au nord. Cependant, il pose la question de l’accès aux ressources en eau. Il apporte une déstabilisation dans les conditions de production et donc augmente les risques. Cette instabilité sur les quantités produites peut être cumulée avec une mise en marché plus délicate et des écarts de prix très importants. Non pas que les prix seront tendancièrement à la baisse, bien au contraire, mais on observera sur de brèves périodes des variations de cours extrêmement élevées. Cela va nécessiter des anticipations et questionnements chez les producteurs (quand et comment récolter, mettre en marché ?).

Gérer la saisonnalité de ses productions

Une option serait de pouvoir développer des productions avec des saisonnalités différentes (légumes de printemps et
légumes d’automne, fraises en avril/mai et pommes ou poires à l’automne…). La forte saisonnalité a pour effet de
concentrer l’offre des producteurs et donc de peser sur les prix. L’option d’élargir la période de production (rajouter des serres froides, planter des variétés précoces ou tardives) permet d’échapper à la baisse des prix. On peut développer une gamme complémentaire qui va permettre d’utiliser les mêmes facteurs de production (main d’œuvre, matériel, bâtiment). Un autre choix serait de développer la gamme en proposant des produits transformés et de pouvoir mieux utiliser la main d’œuvre. Proposer des produits élaborés en direct de la ferme répond à une demande des consommateurs et du
marché. Cependant, cela nécessite de s’appuyer sur de nouvelles compétences et de réinvestir sur du matériel spécifique. Les gains sur les coûts exposés plus haut seraient plus limités mais largement compensés par la valeur ajoutée apportée par la transformation.

Dans tous les cas, la modification du système de production doit être bien réfléchie afin de ne pas désorganiser ce qui marche bien. Attention aux diversifications hasardeuses (méconnaissance des conditions d’accès au marché, nouvelle production chronophage, etc.).

Pour limiter les risques de saisonnalité, on choisira plutôt une gamme cohérente qui apportera une sécurité grâce à un lissage du chiffre d’affaires dans l’année agricole et une amélioration de l’EBE global.

Jacques Mathé, économiste

Article issu du magazine Cerfrance « Gérer pour Gagner Agriculture » Août Septembre Octobre 2020 – Retrouvez l’intégralité du magazine dans votre espace client.